L’essor de la télémédecine en Afrique

 

Temps de lecture : 5 min

 

Qu’il s’agisse de laboratoires pharmaceutiques où de fabricants de matériel médical, nombreux sont les géants du secteur de la santé qui envisagent de multiplier leurs investissements en Afrique – voire de les doubler – dans la décennie à venir.

L’Afrique pourrait […] offrir prochainement de beaux jours pour les investisseurs privés de la santé. 

En effet, en Afrique subsaharienne, la demande en matière de services de santé ne se voit pas comblée, faute d’une offre suffisante.

L’Afrique pourrait donc offrir prochainement de beaux jours pour les investisseurs privés de la santé, surtout lorsque l’on sait que le financement de ce secteur est assuré à 60% par des acteurs privés. Mais les défis à relever en amont restent de taille.

Dans cette conjoncture dynamique, les nouvelles technologies ont une rôle crucial à jouer. L’Afrique assiste d’ailleurs à un essor de la télémédecine, constituant un formidable outil d’amélioration de l‘offre de santé.

 

I. Un ratio déséquilibré entre l’offre et la demande dans le secteur de la santé

L’Afrique subsaharienne est marquée par une tendance lourde: le manque de médecins spécialistes et d’infrastructures adaptées aux actes médicaux.

Rien qu’au Niger, presque 20 000 personnes dites «  aisées  », ayant plus facilement accès aux soins, sont contraintes de se faire soigner à l’étranger chaque année, faute de personnel qualifié disponible. Pour leur part, les classes plus modestes ne sont évidemment pas en reste devant ce déficit. Ces dernières se voient en outre, freiner par des considérations financières et géographiques.

De surcroit, le PIB de cette région a prospéré de plus de 5% par an au cours des 5 dernières années et cette envolée devrait se pérenniser au moins sur la décennie à venir. A n’en point douter, l’écart entre la demande grandissante et l’offre insuffisante est voué à se creuser.

La télémédecine, par le biais de photos ou de vidéos transmises par des terminaux informatiques reliés à internet, permet de réaliser des consultations médicales à distance. 

Les médecins spécialistes étant une denrée rare, ils sont en outre, systématiquement installés dans les capitales et les grandes villes, laissant pour compte les habitants des zones rurales. A titre d’illustration , il y a en Afrique 0.21 médecin pour 1 000 habitants contre contre 11.1 en pour 1 000 habitants en Europe.

Pour parer à cette carence, les nouvelles technologies offrent des solutions auxiliaires pérennes pour diffuser plus largement l’accès aux soins.

 

II. La télémédecine, un dispositif pour palier aux carences dans l’accès aux soins

La télémédecine, par le biais de photos ou de vidéos transmises par des terminaux informatiques reliés à internet, permet de réaliser des consultations médicales à distance.

Concrètement, un médecin situé dans une zone géographie isolée pourra, dès lors qu’il est équipé d’une connexion internet – même faible – et d’un smartphone connecté en 3G, envoyer des images ou des vidéos à un confrère spécialiste pour dresser conjointement un diagnostic fiable.

Cette technologie, a fait ses preuves notamment dans le secteur de la dermatologie, de la gynécologie et de la cardiologie. Des échographies, des électrocardiogrammes ou des photos de lésions de la peau sont ainsi envoyés par un médecin isolé pour être analysés par un spécialiste plus compétent.

En matière de télémédecine, le Mali est un pays pionnier. A l’initiative du RAFT (Réseau en Afrique Francophone pour la Télémédecine), la télémédecine a pris de l’ampleur avec la création en 2016 de l’application Bougou. Cette dernière est une plateforme permettant la mise en relation des médecins ruraux avec des spécialistes de Bamako pour dresser des diagnostics complets.

La télémédecine constitue donc un bel espoir dans la résolution d’une double problématique: la pénurie de personnel médical et la difficulté géographique ou financière de nature à freiner l’accès aux soins.

Le succès de cet outil a incité la banque mondiale à octroyer 55 millions d’euros pour étendre ce dispositif au Gabon.

Le RAFT, présent dans 19 pays africains, ambitionne de généraliser ce système à tous les pays dans lesquels il intervient.

Même si la télémédecine ne répond pas à elle seule à la problématique de l’accès aux soins et ne peut être appliquée à tous les domaines médicaux, elle présente toutefois de nombreux mérites.

Outre le fait de pallier au manque de personnel médical et d’infrastructures, elle est adaptée aux connexions internet réduites. Elle permet également de bénéficier de soins de qualité pour un moindre coût, tout en améliorant la productivité des établissement médicaux existants.

 

III. La télémédecine : un outil de formation du personnel médical

En sus des bénéfices immédiats qu’elle offre, la télémédecine constitue aussi une solution à long terme, en cela qu’elle permet la formation à distance des étudiants en médecine et la formation continue des praticiens isolés.

La télémédecine dite «  informative  » est un moyen de diffuser des connaissances via des outils de communication numérique. Par exemple, à l’initiative du RAFT et des Hôpitaux Universitaires de Genève, un enseignement dispensé par un professeur de Dakar a pu être diffusé dans 19 sites à travers l’Afrique francophone.

Là encore, le dispositif est adapté aux faibles connexions internet. Il est d’ailleurs possible de  suivre cet enseignement depuis un cyber café.

La généralisation de cette pratique pourrait à long terme renforcer la formation des (futurs) patriciens.

La télémédecine constitue donc un bel espoir dans la résolution d’une double problématique: la pénurie de personnel médical et la difficulté géographique ou financière de nature à freiner l’accès aux soins.

 

IV. L’accès aux soins en Afrique : perspectives et obstacles subsistants

Pour prodiguer à ses habitants des soins médicaux de qualité, l’Afrique droit encore relever de nombreux défis.

En premier lieu, il est impératif d’améliorer l’alimentation en électricité du continent. Si la tâche est d’envergure, nombreuses sont les pistes exploitées pour doter l’Afrique d’un accès à l’électricité fiable et viable.

Au premier rang de ces solutions figurent les initiatives relatives aux énergies autosuffisantes. Par exemple, l’hôpital de Dimmal au Mali, situé à des centaines de kilomètres de la capitale est relié à internet par un satellite et leurs outils informatiques sont alimentés par des panneaux solaires.

En second lieu, il est indispensable que l’accès aux nouvelles technologies de l’information et de la communication se développe. Si la télémédecine ne nécessite pas d’outils technologiques très sophistiqués, il n’en demeure pas moins que ces outils doivent se généraliser et se perfectionner pour permettre une diffusion plus large des soins.

Qu’il s’agisse du financement des infrastructures où de la formation des praticiens, les investissements extérieurs sont cruciaux. L’Institut International du Financement et le cabinet McKinsey & Company, estiment d’ailleurs que le montant à injecter dans le secteur se situe entre 25 et 30 milliards de dollars pour la décennie à venir.

Le financement de la santé en Afrique étant assuré essentiellement par des investisseurs privés, il se dresse pour ces derniers, une opportunité puisque de nombreuses parts de marché sont à prendre. Et le secteur contrairement aux idées reçues peut se révéler fructueux. Le groupe Sanofi-Aventis, emploie déjà plus de 4 000 personnes sur le continent africain et notamment au Sénégal lorsque certaines cliniques privées parviennent à générer 10 millions de dollars de chiffre d’affaires annuel pour un investissement trois fois inférieur.

 

V. Télémédecine et propriété intellectuelle

En France la mise en oeuvre et l’organisation de l’activité de télémédecine est encadrée par le Code de la santé publique (articles L. 6316-1 et R. 6316-1 du CSP).

Au regard du droit de la propriété intellectuelle, de nombreuses obligations s’imposent à celui qui recueille par le biais de la télémédecine, des données propres au patient.

En effet, lors d’un acte médical est pratiqué par la voie de la télémédecine, des données à caractère personnel sensibles, puisque touchant à la santé, sont traitées.

Le traitement de ces données est strictement encadré en France. A cet égard, en sus de la loi Informatique et Libertés, le nouveau Règlement Général pour la Protection des Données Personnelle (RGPD) du 27 avril 2016 dispose que dès lors que ce traitement susceptible d’engendrer un risque élevé pour les droits et les libertés des personnes physiques, le responsable du traitement doit effectuer avant le traitement, une étude d’impact dudit traitement.

Et ce n’est pas son unique obligation. Le traitement des données collectées pour la mise en œuvre des actes de télémédecine doivent faire l’objet d’une déclaration préalable auprès de la Commission Nationale de l’informatique et des libertés (CNIL).

Par ailleurs, un dispositif particulièrement renforcé d’authentification des patients utilisateurs du dispositif de télémédecine doit être mis en oeuvre pour en reconnaître les utilisateurs et leur donner les accès nécessaires. Et la liste des obligations légales est encore longue.

Si ces questions sont largement traitées en France par les dispositions du RGPD et de la loi Informatique et Libertés, il n’en va pas de même en Afrique subsaharienne, où la priorité semble pour l’heure se cantonner à l’accès aux soins.

par Maïlys Canova


Sources:

  • «  Au Mali, la télémédecine pour compenser le manque de spécialistes  », par Anthony Fouchard, Le Monde Afrique
  • «  La télémédecine gagne du terrain en Afrique  », par Medhi Lahidi, La Tribune Afrique
  • «  55 millions d’euros pour la télémédecine avec les NTIC au Gabon  » par Afrique technologie
  • «  Rapport de la société financière internationale : Le secteur privé : un partenaire pour améliorer les conditions de vie des populations  » étude IFC / McKinsey & Company
  • «  La télémédecine fait sa percée en Afrique pour palier le manque de spécialistes  », par Martin Mateso, France Info
  • «  La santé, un marché comme un autre  ?  », par Michael Pauron, Jeune Afrique
  • «  La télémédecine en afrique: l’espoir et le défi  », http://www.mbadmb.com
  • « Télémédecine : comment protéger les données des patients ? », https://www.cnil.fr
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