Cameroun

Anne Siewe : la forte tête

A 79 ans, Anne Siewe est une figure notable du droit des affaires au Cameroun. Formée sur les bancs de prestigieux établissement parisiens, la juriste accompagne et conseille depuis plus de 40 ans des banques et des assurances implantées sur ses terres natales. Portrait d’une patronne. 
 

Le moins que l’on puisse dire, c’est que Anne Siewe en impose. Par son calme d’abord. Son assurance et son humilité ensuite. Mais aussi et surtout, par sa capacité à dépasser les idées reçues. Première femme à candidater au poste de bâtonnier de l’Ordre des avocats au Barreau du Cameroun, celle qui est réputée à la fois pour sa prestance et pour ses compétences sera également la première femme à être nommée doyenne du Conseil de l’Ordre. « C’est une professionnelle hors paire, témoigne sa fille, Colette Josephine Siewe, qui a ressenti l’envie de devenir avocate au contact de celle qu’elle considère comme son modèle. Je suis inscrite au barreau du Québec. J’ai également travaillé avec d’excellents juristes notamment à Paris. Mais je n’ai jamais rencontré d’avocats aussi brillants qu’elle. C’est une chance inouïe d’être sa fille. » Reconnue dans l’univers du droit au Cameroun, la juriste ne recherche ni publicité ni reconnaissance. Pointilleuse et méthodique, Anne Siewe a toujours su s’adapter aux nouveaux paradigmes ainsi qu’aux aléas de l’Histoire. Elle a d’ailleurs été l’une des premières juristes à cerner les avantages de la mise en place du droit OHADA, ce nouveau corpus juridique visant à harmoniser le droit des affaires en Afrique et qui, par conséquent, conduit à rassurer les investisseurs étrangers. Férue de liberté et de Justice, celle qui a vécu la révolte pour l’indépendance du Cameroun porte en elle un profond désir d’harmonie.

Une vocation

Adolescente déjà, elle ne tolère ni la violence régnant à l’intérieur de son pays ni les tentatives de manipulation qui émanent de l’extérieur. « C’est à ce moment là que j’ai eu la vocation d’avocat », explique celle qui fera tout son cursus universitaire à Paris à la fin des années 1960. Quittant un Cameroun chamboulé, l’Africaine trouvera une France également en prise avec d’importants conflits sociaux. A nouveau, elle assiste à un conflit qui oppose d’un côté ceux qui veulent faire bouger les lignes, quitte à employer la force et de l’autre, ceux qui plaident en faveur d’un compromis. Parce qu’elle est pacifiste, Anne Siewe prendra toujours partie pour les moins violents. 

Première femme à candidater au poste de bâtonnier de l’Ordre des avocats au Barreau du Cameroun, elle sera également la première femme à être nommée doyenne du Conseil de l’Ordre.

Peu importent les circonstances politiques, la juriste gardera un souvenir joyeux de ses années d’études pendant lesquelles elle apprendra le droit privé (droit des sociétés, droit des affaires, droit social). Sa première expérience professionnelle ? Elle la fera en région parisienne, au sein d’un cabinet défendant les intérêts des banques et des assurances. Un domaine d’expertise qu’elle conservera tout au long de sa carrière. En France d’abord, où elle exercera pendant 5 ans. Puis dans son pays d’origine.

Ouverture d’esprit

« J’ai toujours su que je voulais rentrer au Cameroun, assure l’avocate. Le décès de mon père en 1974 a précipité mon choix. Il m’a toujours soutenue. L’heure était venue pour moi de l’aider à mon tour en supervisant ses terres et en soutenant ses enfants. » L’avocate déménage ainsi à N’Kongsamba. Un retour aux sources que cette indépendante appréhende, craignant le jugement de ses concitoyens. Elle restera d’ailleurs inscrite au barreau de Paris pendant encore plusieurs mois. Une inquiétude vite dissipée. « J’ai découvert une grande ouverture d’esprit, se souvient-elle. Des personnes curieuses de connaître une avocate sans complexe et qui travaille dur. » Son entourage comme les autorités publiques ou encore l’administration judiciaire lui réservent un accueil chaleureux et bienveillant. Si bien qu’elle en est certaine : sa place est bel et bien au Cameroun. Elle démissionnera définitivement du barreau de Paris six mois après son arrivée.

« Je suis fière de constater que j’ai pu offrir une bonne formation aux jeunes »

Anne Siewe

Force de travail et rigueur

Si son installation est bien accueillie, celle-ci ne passe pas inaperçue. La presse camerounaise se fera d’ailleurs le relai de l’arrivée de l’avocate qui accompagne des banques et des assurances telles que Axa assurances ou Allianz Cameroun sur des sujets à 360°. L’avocate travaille par ailleurs pour le compte de clients français, canadiens, britanniques… Ce qui l’amène à voyager aux quatre coins du monde. Des entreprises qui lui sont particulièrement fidèles. Aujourd’hui encore, plus de 40 ans après son installation, la plupart de ses clients d’origine sollicitent toujours son expertise. Un succès que l’avocate doit à sa force de travail et à sa rigueur. Des qualités qui lui ont permis de tirer son épingle du jeu et de dépasser toute discrimination. « Bien sûr, la femme doit travailler plus que l’homme, note-t-elle toutefois. Elle ne peut pas se contenter d’être médiocre ou approximative. » Un état d’esprit qu’elle a su transmettre à son fils et sa fille, tous deux avocats. La seconde travaille avec elle au cabinet de Kosamba. Au total, une vingtaine de juristes se sont succédés aux côtés de Anne Siewe pour apprendre le métier. « Je suis fière de constater que j’ai pu offrir une bonne formation aux jeunes », assure celle pour qui la réussite n’a de sens que si elle est partagée.

Colette Josephine Siewe, la fille de Anne Siewe qui travaille également au cabinet de N’Kongsamba. Elle est également avocate au barreau du Québec et travaille avec des avocats réputés en France et dans d’autres pays européens »

Maternelle

Une fidélité que lui rendent ses collaborateurs. La preuve : certains travaillent à ses côtés depuis plus de 40 ans. « Et j’en suis fier, reconnaît l’un d’entre eux avec bonheur et reconnaissance. Maître Siewe est à la fois très maternelle et très exigeante, mais sans imposer de pression. »  Si elle est une femme de droit, d’affaires et de convictions… l’avocate n’est pas une femme politique. Consciente qu’elle a non seulement les qualités requises, mais aussi l’expérience du terrain nécessaire pour mener un combat politique digne de ce nom, la juriste assume n’avoir jamais voulu emprunter ce chemin : « La politique au Cameroun manque d’ouverture d’esprit. Les politiciens veulent rendre la vie de leurs concitoyens plus agréable. Je crois, me concernant, que nous avons un combat plus profond à mener. Il nous faut construire un idéal de société. Un défi que j’aurais pu relever si j’étais restée en France. » Mais sa vie est au Cameroun. Tout comme ses origines et ses racines. « Et c’est très bien comme ça. » Une lucidité sans faille. 

CONTACTEZ NOUS

En cours d’envoi

© 2020 Lex4.com

ou

Vous connecter avec vos identifiants

ou    

Vous avez oublié vos informations ?

ou

Create Account